Distinguer le compliqué du complexe.

L’organisation de notre organisation est-elle complexe ou compliquée? Y répondre de manière intuitive, sans soumettre la question à l’analyse, génère des divergences et des erreurs dans les mises en œuvre. En caractérisant la complexité, Didier Naud, nous propose de rationnaliser notre regard.

Caractériser la complexité dans une communauté socioprofessionnelle.

Sans entrer dans le labyrinthe théorique de la complexité dont nous avons déjà développé certains aspects dans différents articles publiés sur le site, il peut être utile de faire la distinction entre ce qui semble compliqué et ce qui paraît complexe au sein de l’organisation d’un collectif socioprofessionnel.

Pour comprendre une telle distinction il faut, dans un premier temps, identifier les facteurs de changement qui font évoluer l’organisation du collectif considéré. Ensuite il convient de prêter attention à toutes les transformations qualitatives et quantitatives des principaux éléments constitutifs de l’organisation (relations, structures, acteurs, etc.). Dans le jargon de l’approche systémique des organisations on parle de processeurs et de « processés », d’acteurs et d’actionnés, de contenants et de contenus pour déterminer les types de transformation d’un système que ce soit en termes d’énergie ou d’information. Malgré l’aridité des termes et expressions de la théorie des systèmes, on peut se servir de certains de ses concepts pour appréhender ce que l’on nomme complexité dans une communauté sociale ou professionnelle.

  1. La caractérisation d’un système compliqué.

– Un système est compliqué ou froid lorsqu’une grande diversité des processeurs, des facteurs de changement, qui y interviennent n’implique pas une diversité des interactions et des fonctions entre ces facteurs.

Dans un système froid il est possible de trouver les origines et les causes qui expliquent ces changements et ces transformations et, parfois, de disposer d’une structure stable, d’un principe de reproduction unique.

  1. La caractérisation d’un système complexe.

– Un système est complexe ou chaud quand la diversité de ses fonctions et interactions n’implique pas nécessairement une diversité corrélative des processeurs qui le constituent. Dans un système complexe il peut y avoir moins de processeurs différents que d’interactions et de fonctions.

L’évolution des systèmes complexes se fait par boucles, émergences et bifurcations ; la connaissance et la maîtrise des processeurs sont totalement insuffisantes pour anticiper les changements du système. Ainsi un réseau peut qualifier un système dans lequel action, rétroaction et interaction jouent un rôle essentiel au point de reconfigurer en permanence sa structure et son activité.

  1. La modélisation de la complexité.

Par définition on ne peut représenter la complexité par des modèles et schémas abstraits. Le nombre, la variété et l’évolution des interactions rend rapidement toute figuration illusoire. Si l’on peut illustrer un système froid par une arborescence (arbres des causes, arbre de décision…) la représentation d’un système chaud, d’un réseau par exemple, se heurte à la densité et à la connexité des relations et interactions des éléments du système. Aussi faut-il concevoir, pour appréhender la complexité, des modèles d’un tout autre type : des modèles pratiques qui organisent la complexité au lieu d’en donner une représentation globale. Examinons quelques caractéristiques de ce type de modèle.

– La modélisation consiste à définir une organisation active des interactions, transactions, rétroactions et réactions à l’œuvre dans le système observé, dans la communauté socioprofessionnelle. Il ne s’agit pas de représenter de façon abstraite et séparée un ensemble de relations mais d’organiser de manière pratique la façon de les distinguer et de les aborder dans un certain ordre.

La modélisation inclut toujours le système observé (la complexité) et le système observant (l’intelligence du modélisateur). La compréhension du système complexe observé, la communauté, est de même nature que celle du système observant (l’intelligence) : ils sont l’un et l’autre organisation.

L’organisation développée par un modèle est une conjonction de l’ordre et du désordre. La complexité s’appréhende comme une conjonction de l’ordonné prévisible et du désordonné imprévisible ; cette combinaison mise au jour par le modèle est une organisation.

Un modèle de la complexité met nécessairement au jour l’autonomie d’un système, ses projets, et sa dépendance vis-à-vis de l’environnement : cette relation d’ouverture et de fermeture incessante est encore une organisation.

La complexité que révèle le modèle montre une coexistence entre une certaine liberté d’action et des normes de comportements au sein d’un système. La conjonction de la rigueur des programmes et de la souplesse des heuristiques qualifie aussi une organisation.

La modélisation de la complexité dévoile une synchronie – l’ensemble des relations qui structurent le système- et une diachronie – la succession des équilibres qui constituent son développement. La conjonction de la synchronie et de la diachronie renvoie, une fois de plus, à l’idée d’organisation.

Les caractéristiques d’une modélisation de la complexité montrent combien la notion d’organisation est centrale même si celle-ci ne repose pas sur les idées d’ordre, de stabilité et de délimitation, auxquelles on l’associe habituellement.

Pour conclure :
Ainsi l’enjeu de complexité demande aussi une organisation. Celle-ci a des caractéristiques spécifiques et chaque fois nous les énonçons, nous arrivons à mettre cette organisation plus facilement en œuvre.

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