Vive l’Inhibition!

L’inhibition a mauvaise réputation car elle est souvent liée à la timidité ou à l’affirmation de soi. Pourtant l’inhibition signifie simplement la diminution ou l’absence d’un comportement qui aurait dû être présent. Et comme le décrit Didier Naud, l’inhibition est nécessaire à l’apprentissage.

Inhibition et Apprentissage.

Les neurosciences cognitives montrent le rôle essentiel de l’inhibition dans les processus d’apprentissage. Contrairement à l’idée portée par une psychologie traditionnelle, les mécanismes complexes d’inhibition qui se manifestent dans le cerveau humain, se révèlent essentiels pour l’évolution de nos idées et de nos comportements. Dans son livre « L’inhibition Créatrice », le professeur Alain Bertoz, neurophysiologiste célèbre, notamment pour ses travaux sur la décision, l’empathie et la vicariance, propose une réflexion d’ensemble sur les tenants et aboutissants d’une réalité pour le moins singulière : c’est parce qu’il inhibe et désinhibe sans cesse que l’être humain peut se développer et évoluer.

  1. Les niveaux d’analyse.

La difficulté première rencontrée dans l’explication donnée par les neurosciences cognitives de l’inhibition tient aux différents niveaux d’analyse qui se succèdent ou coexistent pour l’appréhension de ce phénomène et de cette idée (cela vaut pour d’autres grands concepts comme la décision, l’anticipation, l’empathie…). En effet il est possible de distinguer cinq niveaux d’analyse dans l’étude de l’inhibition : on peut, sommairement, les résumer de la façon suivante.

Le niveau moléculaire où l’acide gamma-aminobutyrique (le GABA) est le partenaire inhibiteur d’un neurotransmetteur excitateur le glutamate.

– Le niveau cellulaire qui dévoile une particularité des neurones inhibiteurs : les oscillations. Ces neurones oscillent selon différentes fréquences (nombre de hertz) et révèlent une propriété fondamentale pour les processus cérébraux : l’équilibre entre les ions potassium et les ions chlore.

Le niveau intégrateur dans lequel des constellations de neurones forment des circuits complexes comme le réseau qui relie le cortex cérébral aux ganglions de la base et où interviennent de nombreux processus d’activation et d’inhibition.

Le niveau comportemental qui traite des systèmes neuronaux qui sont à la base de nos comportements et pour lesquels on observe le rôle essentiel de l’inhibition notamment à travers des actions aussi quotidiennes que la marche ou la conduite d’une voiture.

Le niveau cognitif où se mène l’étude des mécanismes neuronaux responsables des plus hauts niveaux de l’activité mentale chez l’être humain ; mécanismes pour lesquels l’inhibition joue un rôle primordial puisqu’elle permettrait selon des psychologues cogniticiens comme Olivier Houdé de transformer l’apprentissage scolaire et de mettre fin à nombre de biais cognitifs qui induisent les élèves en erreur. ( L’intelligence humaine n’est pas un algorithme).

  1. L’inhibition pour l’apprentissage.

Pour ne pas se perdre dans la complexité et l’intrication des différents niveaux d’analyse, il est possible de donner des exemples où l’inhibition et l’apprentissage apparaissent indissociablement liés, eu égard aux processus cérébraux mis en lumière par les neurosciences cognitives. Cela suppose, d’une part, que l’on ne retienne que les niveaux comportementaux et cognitifs pour illustrer notre propos. D’autre part que l’on se réfère à l’ouvrage d’Alain Berthoz, préalablement cité, afin de bénéficier d »illustrations susceptibles d’éclairer les relations approfondies entre l’inhibition et l’apprentissage.

2.1 L’inhibition vicariante.

L’apprentissage ne concerne pas seulement la répétition permettant de se familiariser avec un savoir ou un savoir-faire, il concerne notre capacité à changer de point de vue, de mode de fonctionnement, pour obtenir le même résultat en fonction des modifications des conditions extérieures. Cette capacité à transformer un mode d’action exige que l’on puisse inhiber ce que l’on est en train de faire pour ouvrir et explorer d’autres solutions. Cette capacité du cerveau humain à substituer un mécanisme par un autre afin de trouver des solutions plus rapides et plus efficaces a été développée par Alain Berthoz dans son ouvrage sur la Vicariance. Selon cette perspective la nécessité cognitive d’inhiber des processus appris et automatisés peut être appelée l’inhibition vicariante : elle est très générale et concerne de nombreuses activités quotidiennes.

2.2 L’inhibition et l’improbable.

Le cerveau ne cesse de projeter sur le monde les modèles internes qu’il élabore en fonction de son expérience, des succès et des échecs de ses anticipations. Il simule le corps et le monde dans des boucles neuronales internes (les circuits réentrants d’Edelman) mais aussi en fonction de la recherche de solutions simples permettant de surmonter obstacles et difficultés (Cf La Simplexité d’Alain Berthoz). Même si cela permet au cerveau humain d’élaborer des stratégies qui lui sont utiles, en fonction du contexte et de l’expérience passée, cela génère également des habitudes et des stéréotypies très répétitives. Il faut donc pouvoir inhiber des boucles et des circuits cérébraux si l’on veut que le cerveau humain soit capable de vivre et de composer avec l’improbable. Cela nécessite la découverte de nouveaux réseaux et processus cérébraux à la place de ceux habituellement utilisés. Il s’agit là d‘un des enjeux majeurs des recherches des sciences cognitives dont on ne saurait aujourd’hui prédire les résultats même si l’on sait le cerveau humain capable de créer et de reconfigurer des circuits neuronaux.

Pour conclure :
Comment changer de comportements si nous n’inhibons pas ceux en place? Mettre en place de nouvelles habitudes demande de libérer de « l’espace mental » pour pouvoir le faire. Pour O3A, c’est un axe de notre stratégie d’accompagnement pour développer de nouveaux modes de consommation.

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