Les conditions d’Innovation dans un collectif.

les enjeux écologiques nous demandent d’innover au cœur même des organisations et des collectifs existants. Pour promouvoir une innovation efficace, Didier Naud nous rappelle les conditions nécessaires à mettre en place.

Innovation et Décision dans un Collectif Socioprofessionnel.

La tendance est grande de confondre l’innovation avec le pouvoir de l’imagination et la liberté de l’esprit, il suffirait ainsi dans les collectifs sociaux et professionnels les plus divers de permettre aux acteurs d’exprimer leurs capacités cognitives pour que naissent des idées nouvelles et fécondes. Or Il existe deux conditions essentielles pour qu’émerge une dynamique de l’innovation. D’une part la définition des modalités d’expression et de communication des propositions jugées innovantes, d’autre part la détermination de processus de décision visant à valider ou non ces propositions.

1. L’expression de l’innovation.

La première condition d’émergence de l’innovation au sein d’un collectif socioprofessionnel est la détermination précise des possibilités d’expression que possèdent ses membres pour avancer des hypothèses, faire des suggestions, proposer des pistes de réflexion. Ces possibilités sont déterminées par des normes d’organisation et d’action ; elles délimitent un cadre d’initiative et d’intervention où les propositions d’innovation peuvent être formulées. Ce cadre peut varier d’un collectif à un autre et les innovations être proposées dans le flux de certaines activités professionnelles ou, au contraire, dans des rencontres et réunions consacrées à ce thème.

Mais, quelle que soit la nature des innovations proposées (techniques, organisationnelles, relationnelles…) il convient de connaître les modalités de leur expression. La façon dont les membres d’un collectif appréhendent ces modalités, conditionne, en grande partie, leur capacité d’initiative et leur pouvoir d’intervention. C’est pourquoi il importe de ne pas confondre l’innovation dans un collectif socioprofessionnel avec la liberté d’esprit et la puissance de l’imagination. Les membres d’une communauté sociale et professionnelle ne sont pas des artistes ou des artisans livrés à eux-mêmes pour créer de nouvelles formes ou inventer des objets, ils s’inscrivent dans une stratégie et une discipline collective qui influencent leur manière de travailler, de découvrir, de concevoir.

2. Les processus de décision liés à l’innovation.

Lorsqu’un collectif socioprofessionnel promeut une politique d’innovation il doit tenir compte d’instances et de processus de décision déjà existants. Il lui faut chercher un équilibre entre des responsabilités, reconnus, avérées, et celles qu’il faut favoriser pour développer des idées nouvelles, des initiatives inattendues, des démarches professionnelles porteuses d’avenir. Autrement dit, il faut, à la fois, respecter des modalités de décision et d’action éprouvées, confirmées par le temps et l’expérience, et en inventer d’autres pour modifier le déterminisme de l’environnement interne et externe du collectif. Pour cela plusieurs types d’évolution sont envisageables.

– Tout d’abord il est possible de confier aux instances de décision existantes de nouvelles missions et les doter de nouveaux pouvoirs (comités de direction, bureaux d’études, services méthodes…).

– Ensuite, il est possible de transférer des missions d’innovation et de développement à des acteurs divers, nombreux, répartis dans l’ensemble de l’organisation du collectif.

– Enfin, il est possible de créer des instances de décision, entièrement nouvelles, dédiées à l’innovation afin d’affirmer une politique ambitieuse en ce domaine.

Quelles que soient les options retenues une priorité s’impose : la recherche d’un processus de décision simple et efficace qui fasse rapidement suite aux hypothèses et propositions formulées par les acteurs. Si un collectif socioprofessionnel veut défendre et développer une politique d’innovation il doit nécessairement promouvoir des processus de validation clairs et rapides après l’énonciation des propositions d’innovation émises par ses membres. Le maintien de leur motivation apparaît étroitement lié à la fiabilité des processus et circuits de décision susceptibles de transformer leurs propositions et hypothèses de travail en réalités opérationnelles.

3. La matérialisation des idées.

L’innovation dans une communauté socioprofessionnelle pose le problème de la concrétisation des idées. Comment tester et transformer les propositions des acteurs en réalités tangibles, observables, mesurables? Trois pistes sont envisageables.

– En premier lieu, comme on l’a souligné, donner aux acteurs les possibilités d’exprimer et de communiquer des propositions d’innovation dans des conditions précises.

– Deuxièmement, introduire les modifications organisationnelles et managériales susceptibles d’accélérer et d’optimiser les processus de décision qui vont valider ou non les hypothèses proposées.

– Enfin, quand une proposition d’innovation est retenue, favoriser les plans d’action dont l’objectif prioritaire consiste à transformer les idées proposées en faits.

L’innovation devient alors un ensemble d’opérations qui génèrent, des modalités d’échange, de travail, des services, des produits, dont l’essor influe sur la dynamique et la performance du collectif. Il s’agit de faire descendre du ciel des idées, les hypothèses et propositions des acteurs, afin de les confronter le plus rapidement possible à la réalité terrestre faite d’aléas, de contradictions et de complications multiples.

Pour conclure :
S’inventer un devenir adapté aux défis écologiques, demandera aux collectifs la capacité à mettre en place les conditions d’une innovation fructueuse.

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