L’Agilité d’après les sciences cognitives.

L’agilité est un concept à la mode. Les sciences cognitives nous permettent d’en avoir une approche singulière.

L’Agilité : l’illusion du mouvement.

L’idée d’agilité s’est largement répandue dans les milieux sociaux et professionnels pour faire valoir certaines capacités intellectuelles et comportementales jugées indispensables au sein d’un environnement concurrentiel et d’une économie mondialisée. Promue par des experts de tout bord, elle a acquis diverses significations, toutes marquées par les vertus d’un mouvement incessant et approprié selon les situations et les circonstances. Qu’il s’agisse d’anticiper, de rebondir ou de « passer entre les gouttes », l’agilité désigne une cinématique, une étude de tous les mouvements possibles en fonction du temps dont on dispose. Ce faisant, selon un adage bien connu, « tout ce qui gagne en extension perd en compréhension » et l’idée d’agilité ne fait pas exception à la règle.

  1. Agilité et Cognition.

Le terme d’« agilité » ne figure pas dans le vocabulaire des sciences cognitives, aussi est-il difficile de trouver un concept qui puisse, dans le domaine de la cognition, correspondre à ce que l’on entend par cette notion dans l’univers socioprofessionnel.

Si l’on souhaite, malgré tout, donner un sens cognitif à l’agilité il faut éviter deux confusions très préjudiciables à un effort de compréhension du concept.

D’une part, il importe de ne pas confondre l’agilité et la plasticité cérébrale qui désigne l’ensemble des modifications qui surviennent, même dans le cerveau adulte, à la suite d’apprentissages. Il existe plusieurs modifications plastiques, notamment celles qui touchent aux aires sensorielles.

D’autre part, on ne saurait comparer l’agilité avec une habileté comportementale résultant de calculs effectués par des acteurs guidés par leurs seuls intérêts stratégiques. L’agilité n’est ni la malice ni l’opportunisme.

En évitant ces confusions il est possible de donner plusieurs exemples d’agilité correspondant à des processus cognitifs.

  1. Agilité et Processus cognitifs.

2.1 Identifier et relier des espaces mentaux.

Appréhender l’espace mental, d’un ou de plusieurs interlocuteurs signifie, qu’au vu d’une expérience ou d’une situation donnée, on comprend les assemblages de sens, de significations, réalisés par ces interlocuteurs. Relier des espaces mentaux consiste alors à repérer les similitudes et les différences entre l’espace mental de l’interlocuteur et celui que l’on développe à propos de la situation considérée. La constitution d’un nouvel espace mental, intégrant les caractéristiques essentielles des deux espaces initiaux et donnant un sens nouveau à l’appréhension d’une situation ou d’une expérience, traduit une agilité cognitive.

2.2 Catégoriser des entités à partir de leur « air de famille » c’est-à-dire à partir du poids accordé à certaines de leurs propriétés, jugées plus importantes que d’autres, relève aussi de l’agilité cognitive. En effet l’importance des propriétés s’établit en fonction de similarités plus ou moins fortes entre les entités. On distingue ainsi des exemplaires typiques qui sont au cœur de la catégorie par opposition à d’autres qui se trouvent à la marge. De plus on privilégie la « typicalité » des catégories selon un rapport familier avec notre environnement, guidé par notre appareil perceptif, créant ainsi une classe de catégories dites du « niveau de base ». Tout cela justifie, d’un point de vue cognitif, l’idée d’agilité..

2.3 Changer de point de vue ce qui revient à passer d’une stratégie cognitive à une autre en cas de nécessité. Il s’agit d’une capacité à adopter une nouvelle perspective pour effectuer une tâche ou réaliser une action. Ainsi peut-on passer d’une perspective égocentrée qui accorde une part prépondérante à la mémoire personnelle (épisodique) pour, par exemple, retrouver son chemin (stratégie de route), à une perspective hétérocentrée, allocentrée, privilégiant l’information donnée par autrui, l’usage d’un plan ou d’une carte (stratégie de survol). Le fait de pouvoir adopter plusieurs points de vue ( à la première, à la deuxième ou à la troisième personne) pour faire face à une situation ou résoudre un problème témoigne d’une agilité sur le plan cognitif.

Pour conclure :
Etre capable d’aborder d’autres point vue, d’autres perspectives que la sienne, c’est donc l’agilité cognitive. Permettre à chacun de développer sa propre agilité, c’est l’une des ambitions d’O3A. C’est pour cela que nous proposons de réfléchir, d’échanger ou de débattre au sein de notre petite partie du monde.

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