Notre Motivation est-elle une affaire de Biologie ?

Nous pensons nos actes motivés par des éléments psychologiques, sociologiques voire philosophiques car nous pensons être rationnels et logiques. C’est oublier que notre propre biologie, la manière dont notre espèce a évolué dans le temps, sont aussi des acteurs de notre motivation. Didier Naud nous le détaille dans son article.

La Motivation Biologique.

Bien loin de se réduire à des considérations psychologiques ou sociologiques la motivation plonge ses racines dans les structures du corps et du cerveau humain. Dans la plupart des cas l’approche et le traitement de la motivation d’un être humain, dans un milieu social ou professionnel, se résument à l’analyse et à l’explication de facteurs environnementaux que l’on peut plus ou moins facilement modifier. Qu’il s’agisse d’un environnement personnel ou professionnel l’essentiel est de détecter les motifs qui inhibent la motivation et de trouver les facteurs susceptibles de la créer ou de la relancer. A bien des égards ce type de démarche se révèle limité pour comprendre certaines réalités biologiques qui déterminent, quels que soient les contextes et les situations culturelles, le fondement de toute motivation chez les êtres humains. Un aperçu des recherches en la matière, notamment celles développées par les neurosciences cognitives, peut élargir et réévaluer l’idée même de motivation.

1. La théorie de l’évolution.

1.1 Les espèces. Les théories modernes de l’évolution attestent du fait suivant : si toutes les espèces animales se différencient par leurs gênes, il existe aussi une source de variation génétique au sein d’une même espèce, car les gênes de certains traits peuvent être différents. Les allèles sont les variantes possibles d’un gêne, elles permettent les différences individuelles dans une espèce donnée.

1.2 Les individus. Les individus se voient conférer des phénotypes, ou ensembles de caractères observables, régulés par leurs gênes, quand ces traits aident l’espèce à survivre, les gênes dont ils dépendent survivent eux aussi.

1.3 Les structures. Au niveau de l’organisme, les adaptations qui désignent ses aptitudes à survivre et à se reproduire, évoluent et, par définition, améliorent l’adéquation de l’espèce à son environnement. Puisque les changements de la structure génique d’une espèce – et par voie de conséquence, ses structures anatomiques telles que le cerveau – sont conservés à cause de leur capacité à répondre à des problèmes particuliers, les structures anatomiques reflètent les pressions sélectives auxquelles elles ont permis de répondre.

2. Fonction et Structure.

Pour se faire une idée des fonctions que sous-tendent les structures cérébrales, il faut essayer d’appréhender la finalité de chaque structure et les conditions de son utilisation.

Le cerveau humain moderne était adapté à l’environnement du Pléistocène que connaissaient les sociétés de chasseurs-collecteurs il y a 100 000 ans. Il a d’abord été façonné pour une vie plus simple. Dans les temps anciens, il fallait être prêt à se défendre, à détecter les dangers, à lire les émotions sur les visages, à débusquer de quoi manger, à reconnaitre sa parenté, à deviner les intentions des autres…Selon les conceptions évolutionnistes toutes ces aptitudes particulières dérivent d’adaptations morcelées et séparées. Le système cognitif qui s’est mis en place au cours de l’évolution n’est pas un système unifié.

3. Les mécanismes physiques et neuraux.

3.1 Les adaptations incorporées à notre cerveau sont les mécanismes physiques, neuraux, structuraux que l’on doit essayer de comprendre quand on veut savoir comment fonctionne le cerveau. Par exemple si l’on considère que les émotions sont des adaptations, il faut admettre que certaines d’entre elles doivent avoir été façonnées par des facteurs tels que des attaques de prédateurs ou les craintes d’être exclu d’un groupe social déterminé.

3.2 Les émotions. La perspective évolutive situe les émotions dans un contexte dynamique, aussi faut-il comprendre comment le cerveau affecte les émotions ? Les mécanismes évolutifs de la sélection naturelle ont mis en place des dispositifs cérébraux dont on doit comprendre le fonctionnement. De nombreux travaux des neurosciences cognitives ont porté sur la peur, ils ont mis en lumière le rôle central de l’amygdale dans la production et la régulation des émotions et ont montré que le processus de peur mobilise l’organisme tout entier ; pour cela il faut considérer trois niveaux d’analyse : moléculaire, cellulaire et comportemental.

4. L’homéostasie.

4.1 Les équilibres provisoires. La perspective évolutive révèle également qu’il existe des constantes pour tous les organismes vivants et, notamment une valeur biologique fondamentale qui consiste à survivre en bonne santé jusqu’à la procréation. Pour cela les organismes ont développé une machinerie homéostatique qui vise à rechercher des équilibres provisoires pour assurer leur survie. Il existe donc pour les organismes humains une valeur biologique fondamentale à partir de laquelle se déploient d’autres valeurs.

4.2 Les programmes. L’évolution des organismes a rendu les programmes sous-jacents à l’homéostasie plus complexes, en termes de conditions déclenchant leur engagement. Ces programmes recouvrent des pulsions, des motivations, des émotions. Dans les cerveaux complexes l’homéostasie a besoin de s’appuyer sur de nombreuses pulsions et motivations. Celles-ci se déploient à travers les activités d’anticipation et de prédiction qui permettent au cerveau humain d’explorer son environnement.

4.3 La fourchette homéostatique. Ce que l’on considère comme valables en termes d’actions ou de bienfaits est directement ou indirectement lié à la possibilité de préserver une « fourchette homéostasique », selon l’expression de Damasio, à l’intérieur de l’organisme vivant. Dans l’esprit humain les fourchettes optimales s’expriment à travers des sentiments agréables, les fourchettes dangereuses par des sentiments douloureux.

L’hypothalamus joue un rôle essentiel dans la régulation des processus homéostasiques, il intervient dans le maintien de paramètres physiologiques internes à l’intérieur de limites physiologiques étroites (température, équilibre énergétique, etc.). La régulation commence par une traduction de signaux sensoriels à travers la mobilisation de neurones spécialisés. Ainsi des neurones hypothalamiques apportent des réponses qui peuvent êtres humorales, viscéromotrices, ou somatiques. Ces différentes réponses déterminent globalement un comportement motivé.

La motivation peut alors être comprise comme l’état interne d’un organisme qui incite à agir et détermine le choix et la gestion des actions en fonction de la nature de l’environnement. Le concept s’appréhende comme un effet de seuil qui fait basculer d’une gamme de comportements dans une autre. Le concept implique également une orientation anticipatrice, la réaction étant fonction de l’anticipation d’une situation qui réalisera les buts vers lesquels l’attention a été orientée.

Pour conclure :
Raisonner sur notre consommation, c’est raisonner sur nos motivations. La prise de conscience de nos motivations biologiques fait partie de ce travail pour O3A.

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