Ce que la crise du Covid nous dit de la science.

Avec la crise du Covid, nous avons assisté à des controverses entre experts scientifiques, bien orchestrées par les médias. Avec le recul, cela nous aide à déconstruire un mythe, celui d’une science unique et universelle. Didier Naud, nous éclaire sur ce point.

Le mythe de la Science dans la crise du Covid.

Certains scientifiques déplorent qu’une majorité de Français ne croient plus en la vérité et la vertu de la science. Cette défiance, également présente dans certains pays, ne fait que révéler une mythologie dont se targuent certains scientifiques pour faire valoir leurs idéologies ou leurs gouts immodérés du pouvoir. Entrainés dans une rivalité mimétique sans limite, médecins, épidémiologistes, statisticiens, biologistes, veulent faire croire qu’il existe un univers scientifique cohérent, unifié, porteur de vérité, au service de la santé des êtres humains. Ce mythe repose sur une double méconnaissance de la part de celles et de ceux qui sont censés porter une parole objective. D’une part une ignorance des problèmes épistémologiques fondamentaux qui traversent tout exercice de la science, d’autre part un oubli de ce que nous a appris et nous apprend l’histoire des sciences depuis des siècles.

1. La science au singulier n’existe pas.

Il y a presqu’un siècle un courant de pensée défendu par des physiciens, des mathématiciens, des philosophes, affirmait que l’unité de la science, et la cohérence de son langage, allaient modifier le cours de l’histoire en permettant à tous les êtres humains d’acquérir et de partager des connaissances objectives : il s’agissait du Positivisme Logique dont les innombrables travaux attestaient d’une Unité de la Science. On sait ce qu’il advint d’une telle ambition et comment cette idéologie vola en éclats sous l’influence des travaux des historiens des sciences et des épistémologues les plus célèbres. De nos jours une telle mythologie a toujours cours et si l’on définit l’idéologie comme “une pensée qui ne critique pas et qui ne pense pas sa propre provenance et son propre rapport à la réalité”, on constate aisément que les scientifiques qui interviennent à propos du Covid sont d’abord et avant tout des idéologues. Plusieurs raisons peuvent expliquer une telle situation.

2. L’univers de la technoscience.

A l’époques des technosciences il devient très difficile de distinguer ce qui relève de la recherche fondamentale ou de la science appliquée, des commandes publiques ou privées, des investissements des entreprises et des états, des trafics d’influence, de la puissance des marchés, etc. Certes, il y a déjà fort longtemps que la sociologie des sciences a montré combien l’image du savant détaché des contingences matérielles, procédant rigoureusement et minutieusement à l’accomplissement de ses travaux était erronée. Cette image quasi- romantique incarnée par Einstein ou par un des fondateurs de la Mécanique Quantique, ne correspond plus à la réalité scientifique, si ce n’est à travers le parcours unique et inouï du père de la Théorie de la Relativité. Il n’y a dans l’univers de la technoscience, aucun savant qui puisse se targuer de détenir la rigueur de la démarche scientifique tant les aspects financiers, économiques, institutionnels, interfèrent constamment dans son activité et viennent nourrir les formes et les luttes de pouvoir. Aussi quand une personnalité reconnue s’émeut que le public ne reconnaisse plus les valeurs de la science, il ne fait qu’avouer que, la plupart du temps, ses déclarations, ses prises de position, ses engagements, n’ont plus qu’un lointain rapport avec l’activité scientifique telle que la décrivaient encore les encyclopédistes. Le spectacle donné par de nombreux scientifiques, lors de la crise du Covid, relève au mieux de l’information provisoire, au pire des traits caractéristiques de la Rivalité Mimétique longuement décrite par René Girard. Ce qui se manifeste dans ce spectacle, c’est l’impossibilité de mettre en doute, de “falsifier”, les affirmations, intimidations, menaces, proférées par des scientifiques qui font croire à l’existence de théories confirmées expérimentalement alors qu’ils ne disposent, la plupart du temps, que de modèles et refusent nombre d’objections issues du sens commun.

3. La pluralité des pratiques scientifiques.

Hormis les appels et invocations à une réalité inexistante- La Science- dont il est parfaitement illusoire de donner une définition satisfaisante, il est possible d’envisager l’existence de pratiques scientifiques dont les objets d’étude, les méthodes de recherche, diffèrent sur de nombreux points mais permettent d’appréhender les différents angles à travers lesquels on peut se faire une idée de ce que l’on conçoit, ici ou là, sous l’expression d’ “approche scientifique”. L’histoire des sciences et l’épistémologie ont permis de montrer la diversité des points de vue scientifiques, et parfois de récuser l’idée même de méthode. De fructueux travaux ont mis au jour la nécessité de créer des ponts entre les différentes disciplines scientifiques et indiquer la fécondité de créer des alliances entre les sciences expérimentales, sociales, humaines. Des logiciens et mathématiciens célèbres ont alerté sur la nécessité d’intégrer les manifestations du sens commun dans la réflexion scientifique, mettant à mal certaines prétentions du savoir scientifique. Bref, l’étude des sciences ne s’est jamais confondue avec une idéologie scientiste, sûre d’elle-même, très peu en proie au doute malgré ses affirmations de principe. Or pendant la crise du Covid, de nombreux scientifiques n’ont pas été aux rendez-vous de la complexité et de la diversité des pratiques scientifiques. Si certains d’entre eux décrivaient avec une certaine précision l’impact et l’évolution de la maladie sur nos organismes physiques, ils ignoraient dans le même temps ce que la phénoménologie et certains courants des neurosciences cognitives appellent “le corps propre”, celui qui ressent et éprouve… Si l’on ajoute la méconnaissance, parfois ahurissante, de ce que peut-être un “corps social”, on constate combien la référence à la science lors de cette longue et difficile période n’a souvent été qu’une abstraction commode pour faire valoir des enjeux de pouvoir.

Pour conclure :
S’il n’existe donc pas une science mais des sciences, et même au nom de la pluralité et de l’ouverture d’esprit, il faut garder un esprit critique devant les différents points de vue. Car ces derniers ne se valent pas tous.

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