Porter un autre regard sur les fêtes de Noël.

Ces dernières décennies, les célébrations de Noël portaient en elles une ambiguïté entre un moment de spiritualité, d’émerveillement et de lien social d’une part et la manifestation d’une surconsommation d’autre part. La crise du Covid nous a-t-elle fait changer de regard ?

Le regard des innocents.

L’approche des fêtes de Noël nous rappelle combien les êtres humains sont attachés à ce qu’ils produisent et consomment à certaines dates de l’année ainsi qu’aux rituels, traditions, cérémonies qui accompagnent et donnent un sens aux événements qui s’y réalisent. En raison de la pandémie du Covid 19 cet attachement prend des proportions insoupçonnées et renvoie aux oubliettes les considérations sur l’apparition et l’origine du virus. Ce que l’on nomme la magie de Noël recouvre aussi bien le recueillement religieux, le regard émerveillé des enfants, la joie de se retrouver en famille, la découverte et le partage des cadeaux…bref autant de manifestations d’une vie spirituelle, affective, sociale dont la nécessité et l’intensité ne sauraient être contestées. Les êtres humains semblent, à la fois, emportés par la nostalgie d’un temps où la société n’était pas contrainte par un élément non humain et par la prolifération et la diversité des produits qui s’offrent à leur usage. Pour contredire la célèbre expression de la chanson d’Alain Souchon « avoir des quantités de choses ne donne pas envie d’autre chose ».

  1. La toute puissance des artefacts.

Loin de nous délivrer, comme certains l’espéraient, de notre compulsion à produire et à consommer, la crise du Covid montre, au contraire, notre fascination et notre dépendance à l’égard de ce que nous créons. Les artefacts nous guident ; ils nous obligent à nous soumettre aux exigences de comportements, voire de vies, qu’ils réclament. Les innombrables outils, notamment technologiques, génèrent des attitudes qui vont à l’encontre de ce que nous prétendons vouloir en termes de qualité de vie. Dans ces conditions la disparition des préoccupations écologiques pour nombre de nos contemporains n’est pas une surprise. L’analyse de la crise et de ses diverses causes n’a nullement débouché sur une interrogation réfléchie, instruite, sur notre mode de production et de consommation : elle s’est heurtée de plein fouet à la volonté de retrouver et de reproduire ce que nous avions perdu. Quelques prophètes de malheur, bien inspirés, avaient prédit que le monde d’après serait pire que celui d’avant : ils n’avaient pas tort. De plus les fêtes de Noël et de fin d’année se légitiment, en partie, par les aspirations qu’elles font naître chez les enfants et les désirs qu’elles attisent dans la jeunesse…autrement dit chez toutes celles et ceux qui n’ont ni conçu, ni construit la course folle du productivisme. Dès lors on comprend mieux pourquoi l’invitation de certains écologistes à tempérer notre consommation et à réfléchir sur nos modes de production se heurte à une indifférence quasi-générale. Les multiples symboles de la tradition, les élans de l’enfance et de la jeunesse, la beauté des décorations, la lumière des vitrines… font écran à la perception et à la compréhension de ce qui nous arrive, à savoir une dégradation profonde de notre environnement.

  1. Le regard des innocents.

Hormis quelques fidèles et privilégiés qui, la nuit de Noël, contempleront les cieux et la nature, la plupart de nos contemporains aura le regard fixé sur les écrans ; l’enfance et la jeunesse seront immergées dans l’univers de la connexion et n’accorderont que peu d’attention aux objets et signes du virus de la Covid 19. Or ces signes dépassent largement la représentation et le traitement par les humains d’une épidémie qui a bouleversé l’économie et les modes de vie des sociétés humaines. Ils indiquent qu’il va falloir changer de regard sur ce qui nous entoure même si les jeunes générations n’ont aucune responsabilité dans les désastres écologiques qui ne vont pas manquer de se multiplier dans les années qui viennent. Ce n’est pas une affaire de militantisme écologique, comme le mènent, parfois avec courage, des jeunes femmes et des jeunes gens sur la scène internationale : c’est une affaire de vision. Dans l’univers de la connexion, les représentations changent sans cesse et cela ne gêne nullement les acteurs du numérique mais pour que cela soit possible il faut qu’ils puissent voir ce qui ne change pas. Les très jeunes générations sont persuadées que le ciel sera toujours bleu, les bords de mer accessibles, les forêts nombreuses, les plantes et les animaux observables en certains endroits, elles pensent que l’environnement naturel tel qu’elles le perçoivent est éternel. Il importe qu’elles saisissent que ce n’est pas le cas, leur vision doit intégrer la fragilité de ce qu’ils observent ; fragilité résultant de la manière dont les êtres humains produisent et consomment même pour se distraire et s’émerveiller. Il ne sert à rien d’évoquer la nécessité de devenir plus sobre et plus mesuré si le regard sur l’environnement ne fait pas apparaître son caractère fragile et provisoire. C‘est d’autant plus indispensable que celles et ceux qui nous suivent ne sont pas responsables de ce qui nous arrive, notamment quand un virus s’introduit dans le corps social en raison de l’effondrement de la biodiversité.

Pour conclure :
Pour ces fêtes de fin d’année, n’est-ce pas le cadeau que nous pouvions nous souhaiter? Celui d’arriver à poser un regard entier sur notre environnement, qui englobe sa beauté, sa complexité et sa fragilité.

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