Permettre à un milieu d’être créatif.

Comment permettre un milieu professionnel d’être véritablement le lieu de création de nouvelles solutions? Didier Naud nous éclaire du point de vue des sciences cognitives.

Milieu Professionnel et Schémas d’Action.

Un milieu, s’il est entendu au sens écologique du terme, désigne un ensemble de conditions naturelles et culturelles qui agissent sur les êtres vivants et les activités humaines. Dans cette optique, les individus sont immergés dans un milieu car il existe des interactions permanentes entre eux et l’environnement. On peut également concevoir l’organisme humain également comme un milieu qui s’autorégule en fonction des contacts et des échanges qu’il développe et entretient avec un milieu environnant.

  1. Milieu professionnel / Environnement propre/Sujet autonome.

Pour mieux comprendre l’importance du milieu professionnel par rapport à la compétitivité des individus recherchée par les collectifs socioprofessionnels, il faut admettre trois réalités complémentaires.

  • Un milieu professionnel se comprend à partir des environnements propres des différents sujets, de leurs relations et interactions et des processus, règles, normes qui structurent l’activité collective
  • Un professionnel construit et développe un « environnement propre » qui correspond à son histoire, son identité, et à la manière qu’il a de se réguler en fonction des contacts et influences qu’il entretient avec son milieu environnant.
  • Un professionnel n’est pas un simple acteur mais un sujet libre et autonome qui se meut dans un milieu où il vit et conçoit des interactions permanentes.

Pour qu’un milieu professionnel devienne pour les sujets qui s’y meuvent un habitat (l’endroit – les caractéristiques du milieu – qui permet aux individus de vivre et de s’épanouir) il faut qu’ils puissent reconnaitre et faire valoir leurs environnements propres. Un tel environnement permet à l’identité professionnelle de s’affirmer, d’entrer en contact avec les autres, de recevoir des influences, de partager des expériences.

  1. Richesse d’un milieu professionnel et production de schémas d’action.

La fécondité d’un milieu professionnel peut s’évaluer en fonction de sa capacité à produire des schèmes opératoires. Un schème opératoire est un schème de perception, de pensée, d’action qui existe à l’état pratique. Il ne s’agit pas d’un savoir, ni d’une connaissance procédurale mais d’une disposition située à mi-chemin entre la sensibilité et l’intelligence qui permet à un individu de passer d’une situation à une autre en fonction des expériences individuelles et collectives passées. Le schème est une structure d’action, un invariant, un canevas, qui traverse les situations particulières et qui se transpose, avec des ajustements, dans des situations analogues.

Au sein d’un milieu professionnel chaque sujet dispose d’un ensemble de schèmes qu’il fait valoir à un moment donné de sa vie et qu’il confronte à ceux d’autrui, comme il confronte ses savoirs. Plus un milieu permet aux schèmes de pensée et d’action de se réaliser, plus il favorise l’usage et la transposition des savoirs (stockés) et des connaissances (mises en processus). L’émergence simultanée des schèmes opératoires et des savoirs traduit une mobilisation effective des compétences. Cette mobilisation n’advient que si les matrices de perceptions, d’appréciations et d’actions, que sont les schèmes, rendent possibles l’accomplissement de tâches infiniment différenciées grâce aux transferts analogiques qu’elles permettent.

Le fait que des professionnels, à partir de leurs environnements propres, proposent régulièrement des cadres de pensée et d’action, et les confrontent aux règles d’organisation d’un collectif, est un signe de la richesse et de la fécondité d’un milieu. Par exemple les schèmes de décision et d’action d’une collaboration inter métiers ne peuvent voir le jour, au sein d’un collectif, que si les schèmes des sujets professionnels se manifestent facilement et montrent les possibilités de transposition aux situations nouvelles.

  1. Enrichissement d’un milieu professionnel : indications.

Un milieu, pour l’individu qui s’y trouve, n’est pas un ensemble homogène de facteurs et de conditions naturels et culturels, il peut se décomposer en milieux plus restreints dès lors que l’on veut comprendre, simultanément, ce qui agit directement sur l’individu et ce qui est influencé par lui (un habitat est un milieu restreint au sein d’un écosystème). Aussi, pour comprendre et accroître la fécondité d’un milieu professionnel, il est possible de suivre quelques voies d’action.

  • Admettre et respecter l’existence des environnements propres, spécifiques, des professionnels, afin de posséder de véritables points d’appuis pour les décisions et actions proposées par l’entreprise. Cela signifie aider chaque sujet à discerner son identité, sa contribution, eu égard aux exigences collectives et stratégiques.
  • Faire reconnaître la diversité et la richesse des environnements propres en établissant les relations nécessaires à la prise en considération des initiatives et des contributions individuelles, au sein des processus de décision et d’action promus par le collectif. Cela veut dire éviter tout anonymat et interchangeabilité arbitraire dans le développement des activités professionnelles.
  • Concevoir les orientations stratégiques, les règles et normes d’organisation, en fonction de sujets libres et autonomes qui valent par leurs apports à la communauté professionnelle qu’ils contribuent à développer.

Selon une telle approche, un milieu professionnel peut se concevoir comme un tissu conjonctif qui unit les fonctions individuelles et collectives dans l’entreprise.

Pour conclure :
C’est cette approche que nous mettons à l’œuvre dans les interventions d’O3A lorsque nous évoquons notre « petite partie du monde ». Pour créer des espaces, à bonne échelle qui permettent à tout tissu de se mettre en place et de se développer.

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