La sagesse de l’escargot!

Connaissez vous la sagesse de l’escargot décrite par Ivan Illich? Si elle représente une réponse face aux défis écologiques qui se dressent devant nous, elle ne s’en heurte pas moins aux rythmes actuels aux injonctions de rapidité de notre monde moderne et technologique.

Précipitation et Lenteur en Ecologie.

Il existe en écologie un courant qui prône la décroissance afin d’échapper au destin funeste qu’un productivisme sans contrôle nous réserve. A partir d’études et d’analyses incontestables sur l’exploitation aveugle des ressources naturelles et en fonction du constat selon lequel les modes de production et de consommation des humains croissent de façon vertigineuse, certains écologistes sonnent l’alarme et insistent sur la nécessité de modifier radicalement et très rapidement nos façons de vivre quotidienne. A leurs yeux ce que l’on nomme l’Anthropocène représente la courte période où l’activité des êtres humains a dégradé la planète sur laquelle ils vivent dans des proportions ahurissantes au point de mettre en péril la survie de l’espèce. Aussi défendent-ils une mutation immédiate de nos schémas mentaux et comportementaux.

1. La sagesse de l’escargot.

Le philosophe écologue Ivan Illich s’est servi d’une observation au sein du règne animal pour développer une allégorie sur l’action des êtres vivants par rapport à leur milieu. L’escargot construit sa coquille lentement et s’arrête quand sa dimension et son poids l’empêchent de se mouvoir dans son environnement naturel. Pour préserver son bien être l’escargot limite sa productivité. S’il fait preuve de “sagesse” c’est parce qu’il préserve ses capacités biologiques au sein d’un milieu producteur de ressources qu’il contribue à équilibrer. L‘allégorie de l’escargot s’est transposée et systématisée dans la pensée écologique par la multiplication des mouvements “slow” qui se sont développés dans des secteurs aussi variés que la médecine ou l’architecture. L’éloge de la lenteur correspond à l’impérieuse nécessité de trouver de nouveaux équilibres afin de préserver les ressources de la planète. La question qui demeure porte sur les modalités de ralentissement que l’humanité est prête à consentir pour assurer sa propre survie et celle des autres espèces vivantes. Or cette question s’avère problématique dès lors qu’il devient urgent de ralentir un productivisme incontrôlable.

2. Les antinomies de la raison écologique.

Si l’on admet, en écologie, l’existence de lois ou de règles, on ne peut qu’observer une antinomie entre celles qui prônent un ralentissement immédiat des modes de production et de consommation de l’humanité et celles qui réclament un temps d’observation long et patient pour faire émerger des formes nouvelles de vie économique, sociale, culturelle. En effet comment concilier les impératifs de diminution drastique du productivisme qui, jusque là, guide et oriente les activités humaines, avec ceux nécessitant une observation et une expérimentation longues et inédites des manières de vivre, de consommer, de s’organiser. Les nouveaux circuits, réseaux, agencements, défendus, à juste titre, par de nombreux écologues nécessitent une étude patiente et prolongée de leur pertinence et de leur efficacité qui paraît inconciliable avec des prises de décision rapides, voire précipitées. Le fait d’orienter l’espèce humaine vers la sobriété exige une exploration de possibilités d’action, ignorées ou inédites, qui semblent incompatibles avec les injonctions et les sommations visant à transformer, toutes affaires cessantes, les activités des êtres humains. A moins de croire en une très hypothétique révolution anthropologique dont on a du mal à imaginer la teneur et l’origine, les défenseurs de l’écologie doivent se résigner à composer avec des règles de comportement contradictoires. Sans entrer dans des réflexions méthodologiques plus approfondies on peut faire valoir, ironiquement, une remarque du sens commun : “comment se précipiter vers la lenteur ?”.

Pour conclure :
« Festina lente » hâte-toi lentement. La locution latine semble être tellement moderne par rapport aux enjeux écologiques que nous pose ce monde.

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