Comment avoir une politique écologique efficace?

Dans le cadre des réponses face aux enjeux environnementaux, il est une voie à explorer qui ne soit pas celle de la mobilisation générale et des injonctions qui vont avec. C’est celle qui consiste à créer des espaces, des petites parties du monde où l’on met en œuvre des combinaisons permettant de nouveaux comportements.

Une politique de l’écologie: l’agencement.

A rebours des actions de mobilisation générale, des sommations et injonctions adressées aux individus pour modifier radicalement leurs comportements face aux dérèglements climatiques et environnementaux, il est possible de concevoir une autre forme d’engagement pour les défenseurs de l’écologie. Elle consiste à créer des agencements, des combinaisons d’éléments de nature diverse, qui permettent aux acteurs sociaux de développer des relations plus soucieuses de l’environnement.

1. De nouveaux territoires.

La capacité de concevoir et d’arranger des éléments hétérogènes, de les assembler dans un ordre satisfaisant, pour créer des manières de vivre et de coopérer différentes, peut qualifier l’agencement en écologie. Il s’agit de mettre en œuvre des combinaisons entre des acteurs, des techniques, des expertises, des pouvoirs… qui, souvent, s’ignoraient, mais aussi d’imaginer de nouvelles fonctions, comportements et compétences dont on ne soupçonnait pas l’existence, tant d’un point de vue individuel que collectif. A ce titre, les dispositifs élaborés pour contrer la prolifération des organismes génétiquement modifiés dans l’agriculture ou la création de circuits de recyclage pour certains produits industriels ou de grande consommation, constituent des agencements. Ils font émerger de nouveaux territoires économiques, sociaux, culturels, qui se distinguent des habitudes et des conventions régissant nos modes de production et de consommation. Les agencements montrent la possibilité de relier des individus, des groupes et des instances de pouvoir situés à des niveaux différents au sein d’une société. Ainsi des tribunaux, des petits producteurs, des consommateurs, des laboratoires, des sites internet… participent à la dénonciation ou à la promotion de tel ou tel produit et, souvent, entérinent une autre manière de concevoir des relations et des comportements. Si les agencements constituent de nouveaux territoires c’est parce que les dispositifs qu’ils font émerger, à travers des formes de coopération inédites, génèrent des communautés qui occupent des espaces sociaux dont l’existence tranche avec les modes de production et de consommation dominants. En ce sens l’écologie se manifeste dans la société par la création d’espaces, de territoires, qui modifient nos rapports aux gens et aux choses.

2. Le sens commun et l’imagination.

Si un agencement est un assemblage réussi d’éléments de nature très diverse ( par exemple des plantes, des tribunaux, des chercheurs en agronomie, des circuits de production, etc. ) il faut admettre l’importance essentielle du sens commun dans sa réalisation. C’est selon une formule désormais célèbre « la soudure entre le sens commun et l’imagination » qui permet d’échapper, à la fois, à la domination de la parole savante et à celle d’un mode de vie productiviste. Le caractère récalcitrant du sens commun envers le « déjà là » le conduit à chercher de nouvelles possibilités d’existence et, en matière d’écologie, à rechercher une sobriété recouverte par toutes les nécessités économiques et sociales. Une politique de l’écologie doit d’abord se préoccuper du sens commun et de son pouvoir d’imagination avant de proclamer la mobilisation générale.

Pour conclure :
Avec ce texte de Didier Naud, vous avez des fondements sur la manière d’agir dans notre petite partie du monde.

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